02 novembre 2008
Champignons
8 heures ce samedi matin 1er novembre, je passe à la boucherie Michel, sur la place. Je voudrais un saucisson, mais ceux qui sont là me paraissent trop frais :
- vous n'en avez pas des plus faits ?
- Oh, en ce moment, avec les champignons on n'arrive pas à en tenir !
- Comment ça ?
- Ben, avec ce qu'il y a comme champignons, les ramasseurs sont nombreux et en passant ils achètent des saucissons. Donc on n'arrive pas à suivre !
Il paraît clair qu'il y a des champignons. Mon frère est là ce WE. Comme on s'est levés tôt nous voilà « partis aux champignons ».
Nous montons au dessus de Bertranet. Il faut trouver une forêt orientée vers l'est. Pour l'instant, on voit déjà une profusion de champignons non comestibles, c'est un signe positif. Plus haut, j'ai un coin bien identifiable où je commence toujours: si je n'en trouve pas là, c'est que j'en trouverai pas. Ça tombe bien, mon frère trouve une première girole.
Nous partons sur le versant bien à l'est et là, tout d'un coup, giroles, trompettes de la mort et pieds de mouton nous attendent. A quatre, nous allons en sortir entre 3 et 4 kg en une heure.
Le lendemain, nous faisons une autre tentative pour trouver des ceps ce coup-ci. Il est un peu tard dans la saison, mais sait-on jamais. Nous montons à 6 cette fois direction Revest-du-Bion, puis direction Caladaire. Nous garons la voiture loin des regards.
Ici, des gens possèdent des hectares de forêts, les panneaux d'interdiction de ramasser l'attestent. Nous attaquons dans des pins où autrefois j'avais trouvé des montagnes de ceps. Mais aujourd'hui, la saison semble passée, rien. Je me risque à nouveau vers l'est, dans un bois de chênes. Et là comme hier, giroles et pieds de moutons nous attendent. Nous retournons à la voiture où nos compagnons nous attendent pour rentrer. Ils n'ont pas de champignons !
- Et alors ?
- un paysan est passé, est sorti furax de sa voiture : « vous m'avez volé mes champignons, ici c'est chez moi, vous auriez pu demander... » Puis il les a pris d'autorité et est parti !
- Et nous on s'est retrouvés nez à nez avec des chasseurs qui tiraient sur des sangliers alors on est rentré dare dare !
Mon frère a essayé son humour sur l'homme: « le Provencal n'est pas très partageur » mais sans résultat.
Les champignons c'est fameux mais à Banon ou dans le coin on est toujours chez quelqu'un. Donc soit on ramasse en douce, soit on demande l'autorisation.
02 juin 2008
Sur les traces du Titin
La promenade peut se faire à pied au départ de la maison et prend 2 heures.

Descendre en direction des Rivarels.
Arrivé dans le hameau prendre à droite en face d'un puits se trouvant sur la gauche.
La maison natale de Titin se trouve alors sur la droite 100 m plus loin. Elle a gardé son charme d'antan et son style purement provençal.
Revenir vers la route goudronnée puis continuer de descendre en direction de la station d'épuration.
Avant celle-ci, prendre à droite: on est à Castor.
La maison du Campanier est mitoyenne de celle, toujours habitée, qui donne sur le chemin et n'est pas en très bon état.
A l'arrière, un tas de pierre laisse imaginer l'ossuaire.
Reprendre le chemin longeant la maison puis 200 m plus loin, attaquer la colline en direction des bories que l'on atteint sans difficulté. Un des deux comporte une jolie collerette dans son toit. De là, la vue sur Banon est superbe. Un enclos cerne chaque borie, qui permettait autrefois de parquer les bêtes.
Au retour, prendre le chemin en direction de l'ouest pour rejoindre la route de Manosque d'où on remonte à pied vers le village.
06 avril 2008
La Blache
Dans notre pays, on appelle ainsi une parcelle de bois.
Ma grand-mère Martha avait eu deux blaches en héritage de son père, le « pépé Laugier » mort en 1967 à 85 ans. Martha, après son mariage, avait tenu à garder ses terres en nom propre ; elle en tenait une fierté certaine face à son mari qui possédait bien plus. Pendant des années on parla des « blaches de la mémé ». De temps en temps, quand un de ses enfants ou petits enfants avait besoin de bois, Martha lui disait « va en chercher sur mes blaches ».
Une de ces deux blaches m'appartient aujourd'hui; elle se situe sur la commune de Banon, au lieu-dit Les Cloués à une altitude d'environ 1100 m et a une superficie d'un peu moins d'un hectare (cadastre - parcelle n°161). Elle se trouve en contre-bas d'une barre rocheuse, exposée au nord, face au Mistral, à 100 mètres du chemin le plus proche. Assez escarpée, elle contient de nombreux pierriers. Depuis ma blache on a une vue aérienne sur le village de Banon coiffé du Mont-Ventoux, au loin. Pendant 40 ans, je suis venu à Banon par la route de Saint-Etienne-les-Orgues sans même imaginer que le Ventoux était si proche. De ma blache je vois Banon, le Ventoux et le cimetière de Banon où repose ma grand-mère. Et puis, bien évidemment, de Banon on voit ma blache.
Autrefois, les collines n'étaient
pas boisées car les paysans forts nombreux faisaient brouter
leurs maigres troupeaux partout. Ce n'est qu'à partir du milieu
du 20ième siècle que les bois, peu à peu, ont
repris le dessus grâce à l'exode rural. Aujourd'hui, ma
blache est couverte de chênes, de ceux que l'on trouve par chez
nous, petits et vigoureux. Le cycle végétatif est
long: il faut environ 50 ans pour que la forêt se
reconstitue. Celle-ci fut coupée aux environs de 1950 par le "pépé Laugier". Compte-tenu de sa situation, c'est
un cheval qui tirait les grumes jusqu'au chemin proche et l'histoire
dit que plusieurs fois les chargements furent « dévirés ».
Du temps où nous habitions Banon,
j'avais prospecté pour acquérir une blache. Curieusement et bien qu'il y en ait plus de 1000 hectares sur la commune, c'est un bien difficile à trouver. Tout
d'abord, il y a les propriétaires qui exploitent les leurs et
veulent les garder puis, il y a une grande quantité de
propriétaires qui ne s'en préoccupent pas. Mais aussi et surtout, la plupart
de celles qui se vendent sont captées par les quelques
paysans de la commune qui accumulent les parcelles à bon
compte. Un hectare de bois coûte environ 500 Euros et via la SAFER ils sont au courant de tout ce qui se vend et peuvent préempter les ventes. Mes cousins, agriculteurs sur la
commune, possèdent ainsi des centaines de blaches et
accroissent leurs possessions chaque année inexorablement.
Je devais donc saisir l'opportunité
de la vente de la « blache de la mémé ».
Pour en devenir propriétaire il me fallut surmonter
certains obstacles. Quand ma grand-mère décéda
en 1997, à 90 ans, ses biens ne furent pas partagés. On
attendit que mon grand-père décède en 2000 à
96 ans pour que la succession soit réglée. Un premier
arrangement avait attribué cette blache à ma mère
qui devait me la céder ensuite. Mais cet arrangement fut
contesté. La Blache n'était pas l'objet du contentieux
mais celui-ci se termina par une liquidation judiciaire de la
succession avec vente aux enchères.
La vente eut lieu en février 2007. Il
était pour moi hors de question que je n'achète pas
une blache, quel que soit le prix, et celle des Cloués avait ma préférence du
fait de son emplacement. La mise à prix était de 500 Euros. Dès
que l'enchère commença, je vis qu'un de
mes oncles de Manosque était aussi sur le coup. Je trouvais stupide de
"monter au cocotier" à deux et je lui proposais dessuite de lui
laisser la grande blache s'il me laissait celle des Cloués.
Comme moi, il voulait s'offrir un souvenir de son grand-père et pour voulait avoir le droit de ramasser les champignons sur la commune. Nous tombâmes vite d'accord et je devins ce jour-là propriétaire de
ma blache pour 2000 Euros. A cela s'ajoutaient les frais de vente
ainsi que les droits de mutation et d'enregistrement qui se montaient
ensemble à environ 1500 Euros. A l'issue de la vente j'allais
voir mes cousins qui avaient quasiment acheté tout le reste et
leur demandais:
- elle ne vous intéressait
pas la blache ?
- Oulala, t'as vu combien tu l'as
payée, ça vaut pas ce prix là !
Car avec la SAFER, quand même,
ils ne peuvent pas choisir le prix. Il me confirma par contre qu'au
prix de la mise à prix ils l'auraient achetée.
A chacun de nos passages à Banon, je fais un saut sur ma blache avec ma tronçonneuse. Peu à peu, le bois coupé sèche. Sur un hectare, si on coupe tout, on peut sortir 100 stères de bois. Là, si j'en coupe 2 stères par an, compte tenu des 50 ans de repousse, j'aurais du bois toute ma vie, et du bon.
J'envisage d'y planter quelques
pins d'Autriche, quelques mélèzes qui devraient bien profiter compte-tenu de l'altitude. Je vais aussi y planter des
cactus, je prendrai des plans sur ceux que nous avons à
Nice. J'envisage aussi d'y construire une borie en pierres sèches pour l'utiliser comme cabanon.

La blache contiguë à la mienne et qui la sépare du chemin appartient à mon oncle Banonais et à ses fils et j'aurais aimé la leur acheter pour avoir un peu plus de surface. A ma demande, mon oncle m'avait dit : « oh, si c'était que moi, elle serait à toi demain mais je dois voir avec les jeunes ». J'avais alors senti comme une réponse négative qui ne voulait pas s'assumer. Plus tard, mon cousin me répondit : « ailleurs je dis pas, mais là où elle est, c'est stratégique, on ne peut pas te la vendre... » J'essayais ensuite de lui faire détailler ce « stratégique », des fois que je sois aussi propriétaire d'un bien stratégique ! Il ne ma parla ni de la vue sur le Ventoux ni de la mémé Martha mais lâcha seulement comme explication le mot « chasse ». Cela me parut bien court.
JG





