25 mai 2009
Descriptif de la maison
Location d'une maison provençale à Banon
tous commerces et services accessibles à pieds
Hébergement pour 6 personnes - 100 m² - NON FUMEUR - Animaux non acceptés
EXTERIEUR
maison accessible en voiture et parking à proximité,
petite cour intérieure avec "cabanon" ouvert servant de coin repas abrité avec point d'eau
et jardinet de village
INTERIEUR
SALLE A MANGER
table 8 pers - cuisine équipée (frigo, gaz + plaque, four électrique) -
autocuiseur, mixer, bouilloire électrique, poêle à bois
accès vers la cour intérieure
SEJOUR
2 canapés dont un convertible en lit 2 pers - table 4-5 pers -
TV - documentation régionale (livres, prospectus et cartes) - mini véranda
SALLE DE BAINS / WC Rez de chaussée
baignoire, lavabo, WC, fenêtre
CHAMBRE 1 (1/2 étage)
lit 2 pers, placard et terrasse
terrasse, vue sur le vieux village
CHAMBRE 2 (1er étage)
2 lits 1 pers (90)
CHAMBRE 3 (1er étage)
2 lits 1 personne superposés - accès à la salle eau étage (douche, lavabo, WC)
24 mai 2009
Tarifs et réservation
tarifs location :
le ménage n'est pas compris
la maison est non-fumeur et les animaux ne sont pas acceptés
WE : 200 euros (HS), 300 euros (saison)
semaine : 450 euros (HS), 600 euros (saison)
pour tous renseignements et réservations
04 92 07 12 18
ctabanon@club-internet.fr
16 mai 2009
Le palmier
Malgré son altitude (780m), des hivers rigoureux et un espace exigu, notre cour contient un palmier-datier. Mon grand père Kléber, né en 1904, affirmait qu'il avait été planté vers 1900 à partir d'un noyau. Il semble que celui-ci soit une femelle, chaque palmier ayant un sexe. Dans les plantations, les femelles sont pollinisées manuellement, une main humaine devant insérer une branche issue d'un palmier mâle parmi les régimes des palmiers femelle. La palmier aime l'eau et la chaleur; à Banon il a la chaleur l'été et peut-être y a-t-il de l'eau sous ses racines puisqu'un puits se trouve à environ 5 mètres de lui dans le jardin mitoyen.
Quand nous avons acheté la maison en 1997, le palmier était dans la cour; son bloc de racines d'environ 1m3 était surélevé, enserré dans un cadre bétonné. Pour tout dire, il prenait trop de place dans cette cour minuscule à l'époque (disons 10 m²). L'idée nous vint donc de le couper et de nous en débarrasser pour faire de la place.
Croisant un jour le maire de Banon, qui se trouvait être aussi mon oncle, je lui indiquais que nous avions décidé de couper le palmier.
- Mais tu n'as pas le droit, il est protégé !
- Protégé par qui, par quoi ?
- Tu te rends pas compte, il n'y a que 2 palmiers à Banon, le votre plus un autre plus bas dans le village, tu ne peux pas le couper !
- Mais qui nous en empêchera, on veut! avoir plus de place dans notre cour, on est chez nous quand même !
- Si il le faut, je prendrai un arrêté pour protéger ce palmier !
Je rentrais chez moi et recherchais alors sur internet pour savoir si, vraiment, un maire pouvait prendre un arrêté pour un truc pareil. Mes recherches semblaient me confirmer que je pouvais couper mon palmier. Mais pouvais-je me mettre le maire à dos ? Souvent dans le village quand on croisait quelqu'un il finissait toujours par nous dire "Oui mais le maire c'est ton oncle". Comme si cela nous donnait un quelconque avantage Comme disait un de mes cousins, "le seul avantage d'avoir son oncle pour maire c'est que quand il nous emmerde, on peut le lui dire".
Mais plus sérieusement, ce palmier faisait partie du patrimoine de la commune, même si quasiment personne ne savait qu'il était là. Et le maire avait raison. En fait, le vrai problème n'était pas le palmier mais ses racines qui prenaient trop de place. Une solution nous vint à l'esprit: faire un trou dans la cour là où ça nous arrangeait pour loger les racines puis le déplacer.
Je retournais donc voir M. Le maire pour lui suggérer mon idée :
- on peut garder le palmier si on le déplace, mais nous ne pouvons pas le faire, c'est trop de travail, il faut que la mairie prenne en charge ces travaux.
- D'accord, je vois ça, mais il faut le garder !
Quelques mois plus tard, les travaux étaient organisés et durèrent plusieurs jours. Un pied d'échafaudage était installé de chaque côté du palmier, deux madriers étaient posés en travers sur lequel le palmier était arrimé solidement. Ensuite il fallut creuser le nouveau trou qui devait accueillir le palmier puis dégager les racines du palmier; comme il était suspendu, il "suffisait" ensuite le déplacer vers son nouveau trou.
Les photos sont éloquentes :
La transplantation n'eut pas eu d'effet néfaste sur la plante et finalement le résultat est assez réussi.
On regrette seulement d'avoir à balayer au printemps sous l'arbre pour récupérer ses graines non fécondées.
Deux péripéties ont ensuite été liées à ce palmier. Quelques mois après les travaux, un tract anonyme dévoilait l'opération au plus grand nombre et attaquait le maire. Ses opposants du moment avaient trouvé là du grain à moudre. Un schéma illustrait le montage utilisé et moquait ce maire qui chouchoutait sa famille. Cela nous fit bien rire car il n'y avait eu aucun secret autour de ce chantier.
Quelques mois plus tard, pour amuser mes enfants à qui nous avions offert des pétards à mèche, j'eus la bonne idée d'insérer un de ces pétards à l'horizontale entre les fibres du tronc du palmier avant de l'allumer. Malheureusement en l'allumant, je mettais aussi le feu au palmier. Je sais depuis qu'un palmier brule comme une torche. Heureusement, le tuyau d'arrosage se trouvait à proximité et le début d'incendie fut vite maîtrisé.
Je me voyais mal retourner voir le maire pour lui dire que, finalement, j'avais fait brûler son palmier.
Depuis, lors de nos déplacements, je recherche les palmiers. Peu à peu, j'ai acquis la conviction que ce palmier devait avoir un privilège: être le palmier le plus haut d'Europe et peut-être mérite-t-il une page dans le Guinness book ?
02 novembre 2008
Champignons
8 heures ce samedi matin 1er novembre, je passe à la boucherie Michel, sur la place. Je voudrais un saucisson, mais ceux qui sont là me paraissent trop frais :
- vous n'en avez pas des plus faits ?
- Oh, en ce moment, avec les champignons on n'arrive pas à en tenir !
- Comment ça ?
- Ben, avec ce qu'il y a comme champignons, les ramasseurs sont nombreux et en passant ils achètent des saucissons. Donc on n'arrive pas à suivre !
Il paraît clair qu'il y a des champignons. Mon frère est là ce WE. Comme on s'est levés tôt nous voilà « partis aux champignons ».
Nous montons au dessus de Bertranet. Il faut trouver une forêt orientée vers l'est. Pour l'instant, on voit déjà une profusion de champignons non comestibles, c'est un signe positif. Plus haut, j'ai un coin bien identifiable où je commence toujours: si je n'en trouve pas là, c'est que j'en trouverai pas. Ça tombe bien, mon frère trouve une première girole.
Nous partons sur le versant bien à l'est et là, tout d'un coup, giroles, trompettes de la mort et pieds de mouton nous attendent. A quatre, nous allons en sortir entre 3 et 4 kg en une heure.
Le lendemain, nous faisons une autre tentative pour trouver des ceps ce coup-ci. Il est un peu tard dans la saison, mais sait-on jamais. Nous montons à 6 cette fois direction Revest-du-Bion, puis direction Caladaire. Nous garons la voiture loin des regards.
Ici, des gens possèdent des hectares de forêts, les panneaux d'interdiction de ramasser l'attestent. Nous attaquons dans des pins où autrefois j'avais trouvé des montagnes de ceps. Mais aujourd'hui, la saison semble passée, rien. Je me risque à nouveau vers l'est, dans un bois de chênes. Et là comme hier, giroles et pieds de moutons nous attendent. Nous retournons à la voiture où nos compagnons nous attendent pour rentrer. Ils n'ont pas de champignons !
- Et alors ?
- un paysan est passé, est sorti furax de sa voiture : « vous m'avez volé mes champignons, ici c'est chez moi, vous auriez pu demander... » Puis il les a pris d'autorité et est parti !
- Et nous on s'est retrouvés nez à nez avec des chasseurs qui tiraient sur des sangliers alors on est rentré dare dare !
Mon frère a essayé son humour sur l'homme: « le Provencal n'est pas très partageur » mais sans résultat.
Les champignons c'est fameux mais à Banon ou dans le coin on est toujours chez quelqu'un. Donc soit on ramasse en douce, soit on demande l'autorisation.
27 juin 2008
exposition artisanat d'art
02 juin 2008
Sur les traces du Titin
La promenade peut se faire à pied au départ de la maison et prend 2 heures.

Descendre en direction des Rivarels.
Arrivé dans le hameau prendre à droite en face d'un puits se trouvant sur la gauche.
La maison natale de Titin se trouve alors sur la droite 100 m plus loin. Elle a gardé son charme d'antan et son style purement provençal.
Revenir vers la route goudronnée puis continuer de descendre en direction de la station d'épuration.
Avant celle-ci, prendre à droite: on est à Castor.
La maison du Campanier est mitoyenne de celle, toujours habitée, qui donne sur le chemin et n'est pas en très bon état.
A l'arrière, un tas de pierre laisse imaginer l'ossuaire.
Reprendre le chemin longeant la maison puis 200 m plus loin, attaquer la colline en direction des bories que l'on atteint sans difficulté. Un des deux comporte une jolie collerette dans son toit. De là, la vue sur Banon est superbe. Un enclos cerne chaque borie, qui permettait autrefois de parquer les bêtes.
Au retour, prendre le chemin en direction de l'ouest pour rejoindre la route de Manosque d'où on remonte à pied vers le village.
07 mai 2008
"Les cloches" JP. Clébert Provence insolite, Éditions Grasset 1958
ON m’avait dit d’aller voir à Banon "Firmin le Campanié", c’est-à-dire le sonneur de cloches, de campanes, l’habitué du campanile. Personnage insolite qui depuis plus de trente ans collectionne et fabrique des cloches.
Muni d’un pareil renseignement, je n’hésite jamais. A six heures du soir, nous voici au coeur de la patrie des fromages de chèvre, au café de France devant un pastis, nous enquérant de ce sonnailleur.
- Ah diable ! dit le bistrot, c’est qu’il est à l’hôpital des vieux.
C’est à cent cinquante mètres. On a le temps. On ira tout à l’heure. Les vieillards à cet instant doivent encore racler leur bol de soupe. En attendant, devant d’autres pastis, on fait jaser notre patron. C’est le métier. Les derniers potins du pays, les faits-divers, les petits événements, notre moisson quotidienne.
- Vous tombez bien, dit le cafetier, et en pleine histoire (on ne sait pas encore s’il y met un h majuscule). Une affaire de cloche, justement. On a volé celle de Montsalier, le vieux village (quatre ruines, trois maisons, une vieille église désaffectée, des tours qui s’ébranlent et des caillasses à la pelle, quelque part sur un éperon rocheux au sud de Banon). Toute la région est en révolution. Pensez donc : quatre cents kilos ! Ils sont venus de nuit. (Ils, parce que avec un poids pareil, pour la descendre du campanile...) Et pourquoi faire, bon Dieu? Pas pour attacher au col d’une chèvre ! Des ferrailleurs qui vendent au poids du bronze, ou des fadas, des fondus (l’astuce du bonhomme est visiblement involontaire) qui vont en garnir leur plafond...
Mais cloche ou pas cloche, nous avons mieux à faire. Celle de Montsalier nous laisse froids. On file à l’hospice. Mais il n’est pas possible de voir Firmin. La mère supérieure qui nous reçoit très gentiment prétend que le pauvre a peur des gendarmes et qu’on l’emmène en prison. Il faut la présence de quelqu’un de la famille, son gendre par exemple, un nommé Kléber.
Nous retournons donc au village. Traversant la placette, un gendarme à trois ficelles vient à ma rencontre (Jojo Glasberg est parti pisser) et sans plus d’explication m’intime l’ordre de le suivre à la gendarmerie. J’ai trop l’habitude ce genre d’invitation pour me formaliser, et pour protester. Vous l’avez vu, Firmin? demande le brigadier. Diable déjà au courant ! En entrant dans son bureau, il sort d’un dossier une poignée de photos. Elles représentent un clocher, avec une cloche. Vous savez ce que c’est ? me demande-t-il.
— Eh! c’est la cloche de Montsalier.
— Ah ! vous la connaissez! triomphe la voix du gendarme.
— Moi, pas du tout.
— Mais enfin!
— Non.
— Comment, non?
— Non, mais tout le monde en parle.
Nous restons chacun sur nos terres. Un ange passe. Puis il me demande mes papiers. Pendant qu'il recopie ma génealogie, il me prie d’aller chercher mon collègue. Sur le seuil de la gendarmerie, je guette Glasberg qui au coin de la rue lève les bras au ciel en me voyant devant pareille boutique. Encore le emmerdements ! lis-je facilement sur son visage.
— Amène-toi, lui crié-je, c’est pour le vol de la cloche.
— Pas du tout, clame derrière moi le brigadier, comme piqué au vif, je n’ai jamais dit ça...
Pour. le rassurer, je lui dis que je plaisante. Mais on sait bien que ‘les gendarmes se méfient de la plaisanterie comme d'un aspic. Nos papiers reconnus, et notre profession, nous pouvons tranquillement retourner au bistrot...
Le lendemain, nous visitons enfin le clocher de Firmin. C’est d’ailleurs un clocher à ras de terre, emplissant deux pièces d’un bastidon et son soleilloun. Spectacle incroyable ! Un bon millier de clochettes, de sonnailles, de grelots, de campanes tombe du plafond, à un mètre du sol et tout ça pend au bout de ficelles, de tringles, de fils de fer, comme des fleurs sombres à corolles, nées du plafond, et il y en a tant qu’on ne distingue pas la profondeur de la pièce ni de quoi sont faites ces cloches encore immobiles.
Ce n’est qu’après une certaine accoutumance à la pénombre qu’on découvre l’hétéroclite matériau : boîtes de conserves, bidons d’huile et d’essence, boîtes en fer de vulgaire épicerie, caisses de bois sans couvercle, les battants étant de toute forme et de toute nature depuis le traditionnel tibia d’âne, en os, en cuir, en bois, en corne, en fer, en gros clous, en cuiller, en pendeloque de verre, en manche d’outil, et perdues dans cette forêt à l’envers, de vraies cloches, épanouies et dodues, gravées de latin de cuisine, des pancartes, des feuilles de papier gras collées depuis une éternité sur des calendriers des postes qui recommandent aux visiteurs, d’une écriture naïve et malhabile, de prendre garde
"L’entrée du clocher est interdite aux chiens"
"les attouchements sur les cloches sont rigoureusement interdits par le carionneur de Castor (c’est le nom de la campagne), les attouchements donnent du vert de gris ou la rouille..."
Firmin, de son vrai nom Bonnefoy Augustin, est un minuscule vieillard de quatre-vingt-deux ans, dont les yeux pétillent de contentement devant notre émerveillement. Le voilà qui se glisse sous le premier rideau de clochettes, et s’enfonce sous ce lustre étrange. Il disparaît à nos yeux. Puis on distingue son corps replié, assis sur une planche rembourrée, une espèce de banquette, les pieds sur des pédales de bois, la tête perdue dans l’invraisemblable chevelure des fils de fer, et ses mains, tous doigts écartelés, se crispent sur des chaînes entrelacées, dans des anneaux reliés aux tringles.
Brusquement, des centaines de cloches se mettent à vibrer, les boîtes de conserve à se balancer, les sonnailles à s’agiter, les grelots à trépider. Cela fait soudain un ahurissant boucan, un tapage inattendu, un tintamarre démentiel. Le bruit des chaînes secouées vaut celui des fers-blancs frappés de bâtonnets de bois sec.
Du fond de sa mécanique, de son effarante machine à sous à pédales et rouages de bicyclettes, le plus étonnant des hommes-orchestre nous crie le nom de la burlesque cacophonie qu’il nous interprète. Et cela a nom Ave Maria de quelque chose. Curieuse musique à percussion que lui envieraient certainement les Indiens de l’Orénoque. Et je pense soudain, voyant cet homme, à moitié sourd probablement, faire des pieds et des mains pour rythmer ces sons barbares, aux premières batteries des noirs de Harlem, à leurs orchestres aussi de boîtes de conserve, de rapes, de planches à lessive...
29 avril 2008
Titin, le carillonneur de Banon
Celui que nous appelions "Titin" se nommait Augustin Bonnefoy. Il naquit le 4 août 1874 à Banon de Fançois-Joseph Bonnefoy et de Mélina Esmieu mes grand-parents paternels. Homme de petite taille, trapu, un brin
« ramassé », chrétien convaincu, il allait rester célibataire toute sa vie. D’origine paysanne et
pauvre, il vécut humblement.
Pour ma part, née en 1938, je ne l’ai vraiment connu qu’à
partir des années 40 alors qu'il avait déjà plus 65 ans.
Maison natale de Titin aux Rivarels
La guerre de 1914-1918 l’avait beaucoup marqué. Les faits qui suivent m’ont été
racontés par mes parents qui eux l'ont bien connu. Comme tous les jeunes
mobilisés, il était parti à la guerre la fleur au
fusil. A cette époque et alors qu'il avait déjà 40 ans, il était toujours promis à Béatrix. La guerre allait transformer sa vie. Ayant des dispositions musicales, il se retrouva premier tambour de son régiment, sonnant les appels et rappels
militaires quels que soient les lieux et
moments.
Augustin dans son bataillon (avec le tambour)
Ses souvenirs de guerre sont consignés dans plusieurs petits cahiers conservés chez une de mes sœurs.
Extraits des carnet de guerre d'Augustin
Au retour de la guerre, comme tous les «poilus» il était ébranlé mentalement par les évènements vécus sur le front et dans les tranchées. De plus Béatrix s'était mariée à Monsieur Mollet. Aux dires de mon père, cela fut le couronnement de ses épreuves. Il se réinstalla alors chez sa mère auX Rivarels et reprit son travail d’agriculteur sur le modeste territoire qui était le leur. Il commença aussi à se marginaliser. Quand mon père Kléber et ma mère Martha se marièrent (3-05-1927), il dut laisser la place et s’installa alors dans la maison de Castor, à l'écart des Rivarels, et put alors s’aménager ses lieux à lui.
Maison d'Augustin à Castor
De la guerre, il avait gardé l’obsession des morts. C’est pourquoi il ratissait longtemps et
partout pour ramasser des os de toutes sortes. Pour stocker ses trouvailles, il construisit un ossuaire en pierres sèches à l'arrière de la maison de Castor. Autour des os, il décora
cet endroit avec des couronnes mortuaires qu’il «chipait»
sur les tombes du cimetière Banonnais; elles étaient
en perles et, de toutes tailles, formaient des fleurs ou des genres de chapelet dans des tons sombres.
Dans sa demeure de Castor il avait installé un
«carillon». Pour le réaliser, il avait
ramassé, pendant des années, des boites de conserves,
des boulons, des ferrailles diverses... Il en avait fait un grand montage sur des cadres verticaux de bois bien solide fixés au plafond de la pièce. Un passage étroit
contournait l’édifice. Dans chaque boite, était
accroché un boulon,une vis ou autre pièce métallique qui tintait si on l’agitait. Puis toutes ces sonnailles étaient reliées entre elles par des fils de fer qui aboutissaient sur dix anneaux, un pour chacun de ses doigts.
En parallèle, il avait aussi construit ce qu'il appelait des « bourdons ».
C’étaient des pièces métalliques plus grosses, creuses, équipées elles aussi de morceaux de
ferrailles qui tintaient plus fort que l’attirail précédent et étaient disposées sous le carillon. Toutes ces parties étaient reliées par des câbles à des sortes de pédales qu'Augustin actionnait avec les pieds. Pour mettre
en branle tout cet appareillage il avait installé à
l’intérieur un siège où il prenait place pour
donner ses «concerts» au-cours desquels il chantait l’Ave Maria de Lourdes tout en jouant avec ses
mains et ses pieds. Son petit espace était décoré
d’une image de la Vierge de Lourdes. Ce charivari raisonne encore
à mes oreilles tant il était hétéroclite, bruyant, voire assourdissant, mais vraiment original. Aussi Titin est-il resté dans le souvenir des Banonais et plus loin encore comme le "carillonneur de Banon".
Tous les jours à 7 heures, 12 heures et 19 heures il sonnait l’Angelus. Le son arrivait jusqu’au village et s’ajoutait à l’Angelus officiel sonné par les prêtres du moment. Avec toutes ces musiques, les habitants savaient forcément quelle heure il était !!
Musicien qu’il était, Titin possédait
un accordéon, aujourd'hui conservé chez une de mes sœurs, et il composait des chansons qui
constituaient son répertoire :
- Lorsque je
vis Ninette pour la première fois
- Elle faisait la
cueillette des premiers petits pois
- Zonzon est de la
fête et ...
Il avait aussi un violon
dont il avait enlevé les cordes qu’il jugeait de trop pour n'en garder qu'une. Avec son archet il faisait pleurer son instrument
d’épuisement et ceux qui l’écoutaient, de rire.
Il est clair qu'il aimait se donner en spectacle.
Il faut dire qu’il
vivait de maigres revenus, jouissant seulement d’une allocation d’ancien
combattant. Il cultivait ses fruits et légumes. Il stockait des fruits pour l’hiver et j’ai encore le goût
âpre dans la bouche de ses sorbes qu’il ne consommait que
lorsqu’elles avaient bletti. Pour fumer ses légumes, n’ayant pas d’animaux, il avait fait une
trouvaille: derrière la pièce de son carillon, il y
avait une petite pièce où était sa couche. A
côté du lit, il avait disposé un tuyau qui se terminait par un
entonnoir et de l'autre côté traversait le plancher pour rejoindre des bonbonnes qui collectaient son urine nocturne. Quand il
arrosait ses légumes avec l’eau puisée au puits, il
y ajoutait un peu de ce liquide et le tour était joué.
Ainsi il récoltait de très beaux légumes,
surtout de belles laitues qui faisaient envie à plus d’un.
D’autre part il
cultivait des chrysanthèmes qui lui servaient à
fleurir le monument aux morts du village le 11 novembre. Il en
remplissait les obus des quatre angles avec l’assentiment de tous.
Au village tout le
monde connaissait Titin et le respectait. Certes il avait un
comportement bizarre mais il n’aurait pas fait de mal à une
mouche. Les maires successifs ont utilisé ses compétences de
premier tambour: quand un évènement se présentait, ils allaient chercher Titin qui, avec son tambour, parcourait les rues du village annonçant l’évènement
ou la nouvelle du moment. Il était probablement payé comme crieur
public. Pour
les fêtes citoyennes, 8 mai, 14 juillet, 11 novembre, il
suivait le porte drapeau et défilait avec son tambour, roulant des rythmes forts. Les enfants des écoles suivaient,
ainsi que les habitants du village. Le son du tambour donnait de la
dignité à la cérémonie. Quelquefois il y
avait une retraite aux flambeaux et là aussi, il était
mis devant la scène, toujours avec ses roulements de tambour.
Quand
il faisait un déplacement, toujours à pieds, il
revêtait sa « capote » et son calot en
gros drap bleu acier, qu’il fermait avec ses deux rangées
de gros boutons en métal; il mettait son gros ceinturon
de cuir autour de sa taille, il enfilait une musette et sa
gourde, chacune à un bras, en ayant soin de croiser les lanières sur sa
poitrine. Cette tenue, il l’avait ramenée de son régiment
à la fin de la guerre et il la portait pour les grands jours
ou quand il partait pour une destination. Il portait de grosses
chaussures et tenait un grand bâton. Toujours, il gardait
trace de là où il allait sur un carnet qu’il mettait
à l’intérieur des barreaux de sa fenêtre,
probablement à l’adresse de mon père.
Après la guerre, il fit plusieurs voyages dans l’est de la
France. Il disait avoir caché en les enterrant les cloches des églises qu’il avaient
vues bombarder, comme pour les protéger. Aller les chercher
fit l’objet de plusieurs de ses déplacements en train, son statut d’ancien combattant lui assurant la
gratuité des voyages par le rail. Toujours est-il que mon
père, quand il démonta le carillon après la mort d'Augustin, récupéra treize cloches soit, est-ce un hasard, autant que nous étions
d’enfants. Une d’elles est aujourd'hui à l’entrée de notre maison.
L'été
à Banon voyait venir beaucoup d’estivants. Aussi la visite chez
Titin était-elle un rite et une distraction quasi obligatoire pour eux.
L’après midi, un ou plusieurs cortèges
arrivaient à Castor et Augustin ravissait ses hôtes avec
son carillon, ses musiques et la visite de l’ossuaire. Il ouvrait
le dessus de cette tombe, montrait alors un squelette reconstitué hétéroclite où tous les gros os y étaient, même si le fémur était un
os de cheval ou autre. Pour le carillon, l’entrée
n’était autorisée que sur le pas de la porte. Le
plus souvent, les gens, assis sur les bancs qui
étaient sur la terrasse de la maison, se montraient selon leur état
d’écoute, attentifs, moqueurs, étonnés… mais jamais désagréables. La visite se terminait par une quête auprès
des visiteurs.
Borie d'Augustin à Castor
Les Bories aux alentours des Rivarels sont ses œuvres. A ce titre il est cité dans les manuels de constructions en pierres sèches édités par Alpes de Lumière et sur des sites spécialisés qui ne connaissent pas le Titin comme bâtisseur . En temps
ordinaire il portait toujours un béret. Il était
pauvrement vêtu. Mes parents, qui lui avaient acheté
ses terres et sa maison en viager, lui donnaient régulièrement
de la nourriture et quelquefois des vêtements. Lors des fêtes, ils l’invitaient à notre table. Quelques fois il ne
voulait pas venir, alors nous lui portions sa ration à Castor.
On s'en doutera, l’hygiène n’était pas son fort. Mais,
vivant seul et souvent dehors, cela ne gênait personne.
A la
fin de sa vie, mes parents, ayant le souci de son isolement, le firent admettre à l’hospice de Banon (ce après notre mariage en 1958). Il avait du mal à s'y faire et, au début, fuguait souvent chez lui.
Une fois on le retrouva dans
une ruine, non loin de l’hospice. Il déclina vite puis mourut à Banon le 11 aôut 1961 à 88 ans, sans avoir pu exprimer son malheur autrement que par cette extravagante organisation de vie que je viens de te raconter.
Il avait dû voir tellement d’atrocités et tellement prier pour vivre ou survivre, qu’il nous a dit à sa manière ce qu’avait été sa dure vie.
RMG - mai 2008
06 avril 2008
La Blache
Dans notre pays, on appelle ainsi une parcelle de bois.
Ma grand-mère Martha avait eu deux blaches en héritage de son père, le « pépé Laugier » mort en 1967 à 85 ans. Martha, après son mariage, avait tenu à garder ses terres en nom propre ; elle en tenait une fierté certaine face à son mari qui possédait bien plus. Pendant des années on parla des « blaches de la mémé ». De temps en temps, quand un de ses enfants ou petits enfants avait besoin de bois, Martha lui disait « va en chercher sur mes blaches ».
Une de ces deux blaches m'appartient aujourd'hui; elle se situe sur la commune de Banon, au lieu-dit Les Cloués à une altitude d'environ 1100 m et a une superficie d'un peu moins d'un hectare (cadastre - parcelle n°161). Elle se trouve en contre-bas d'une barre rocheuse, exposée au nord, face au Mistral, à 100 mètres du chemin le plus proche. Assez escarpée, elle contient de nombreux pierriers. Depuis ma blache on a une vue aérienne sur le village de Banon coiffé du Mont-Ventoux, au loin. Pendant 40 ans, je suis venu à Banon par la route de Saint-Etienne-les-Orgues sans même imaginer que le Ventoux était si proche. De ma blache je vois Banon, le Ventoux et le cimetière de Banon où repose ma grand-mère. Et puis, bien évidemment, de Banon on voit ma blache.
Autrefois, les collines n'étaient
pas boisées car les paysans forts nombreux faisaient brouter
leurs maigres troupeaux partout. Ce n'est qu'à partir du milieu
du 20ième siècle que les bois, peu à peu, ont
repris le dessus grâce à l'exode rural. Aujourd'hui, ma
blache est couverte de chênes, de ceux que l'on trouve par chez
nous, petits et vigoureux. Le cycle végétatif est
long: il faut environ 50 ans pour que la forêt se
reconstitue. Celle-ci fut coupée aux environs de 1950 par le "pépé Laugier". Compte-tenu de sa situation, c'est
un cheval qui tirait les grumes jusqu'au chemin proche et l'histoire
dit que plusieurs fois les chargements furent « dévirés ».
Du temps où nous habitions Banon,
j'avais prospecté pour acquérir une blache. Curieusement et bien qu'il y en ait plus de 1000 hectares sur la commune, c'est un bien difficile à trouver. Tout
d'abord, il y a les propriétaires qui exploitent les leurs et
veulent les garder puis, il y a une grande quantité de
propriétaires qui ne s'en préoccupent pas. Mais aussi et surtout, la plupart
de celles qui se vendent sont captées par les quelques
paysans de la commune qui accumulent les parcelles à bon
compte. Un hectare de bois coûte environ 500 Euros et via la SAFER ils sont au courant de tout ce qui se vend et peuvent préempter les ventes. Mes cousins, agriculteurs sur la
commune, possèdent ainsi des centaines de blaches et
accroissent leurs possessions chaque année inexorablement.
Je devais donc saisir l'opportunité
de la vente de la « blache de la mémé ».
Pour en devenir propriétaire il me fallut surmonter
certains obstacles. Quand ma grand-mère décéda
en 1997, à 90 ans, ses biens ne furent pas partagés. On
attendit que mon grand-père décède en 2000 à
96 ans pour que la succession soit réglée. Un premier
arrangement avait attribué cette blache à ma mère
qui devait me la céder ensuite. Mais cet arrangement fut
contesté. La Blache n'était pas l'objet du contentieux
mais celui-ci se termina par une liquidation judiciaire de la
succession avec vente aux enchères.
La vente eut lieu en février 2007. Il
était pour moi hors de question que je n'achète pas
une blache, quel que soit le prix, et celle des Cloués avait ma préférence du
fait de son emplacement. La mise à prix était de 500 Euros. Dès
que l'enchère commença, je vis qu'un de
mes oncles de Manosque était aussi sur le coup. Je trouvais stupide de
"monter au cocotier" à deux et je lui proposais dessuite de lui
laisser la grande blache s'il me laissait celle des Cloués.
Comme moi, il voulait s'offrir un souvenir de son grand-père et pour voulait avoir le droit de ramasser les champignons sur la commune. Nous tombâmes vite d'accord et je devins ce jour-là propriétaire de
ma blache pour 2000 Euros. A cela s'ajoutaient les frais de vente
ainsi que les droits de mutation et d'enregistrement qui se montaient
ensemble à environ 1500 Euros. A l'issue de la vente j'allais
voir mes cousins qui avaient quasiment acheté tout le reste et
leur demandais:
- elle ne vous intéressait
pas la blache ?
- Oulala, t'as vu combien tu l'as
payée, ça vaut pas ce prix là !
Car avec la SAFER, quand même,
ils ne peuvent pas choisir le prix. Il me confirma par contre qu'au
prix de la mise à prix ils l'auraient achetée.
A chacun de nos passages à Banon, je fais un saut sur ma blache avec ma tronçonneuse. Peu à peu, le bois coupé sèche. Sur un hectare, si on coupe tout, on peut sortir 100 stères de bois. Là, si j'en coupe 2 stères par an, compte tenu des 50 ans de repousse, j'aurais du bois toute ma vie, et du bon.
J'envisage d'y planter quelques
pins d'Autriche, quelques mélèzes qui devraient bien profiter compte-tenu de l'altitude. Je vais aussi y planter des
cactus, je prendrai des plans sur ceux que nous avons à
Nice. J'envisage aussi d'y construire une borie en pierres sèches pour l'utiliser comme cabanon.

La blache contiguë à la mienne et qui la sépare du chemin appartient à mon oncle Banonais et à ses fils et j'aurais aimé la leur acheter pour avoir un peu plus de surface. A ma demande, mon oncle m'avait dit : « oh, si c'était que moi, elle serait à toi demain mais je dois voir avec les jeunes ». J'avais alors senti comme une réponse négative qui ne voulait pas s'assumer. Plus tard, mon cousin me répondit : « ailleurs je dis pas, mais là où elle est, c'est stratégique, on ne peut pas te la vendre... » J'essayais ensuite de lui faire détailler ce « stratégique », des fois que je sois aussi propriétaire d'un bien stratégique ! Il ne ma parla ni de la vue sur le Ventoux ni de la mémé Martha mais lâcha seulement comme explication le mot « chasse ». Cela me parut bien court.
JG

























